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Depuis plusieurs mois maintenant, à grand renfort de publicités et de politique de taux de prêt immobilier bas, les banques se livrent une lutte acharnée pour s'attirer une nouvelle clientèle. Soucieuses de retrouver une confiance émoussée par la crise financière, elles multiplient les offres alléchantes et les discours rassurants. Selon l'Association française des usagers de banques (Afub), ces dernières se montreraient toutefois bien moins clémentes une fois cette clientèle acquise, n'hésitant pas parfois à rayer de leurs listes de fidèles titulaires de comptes.
« Je viens de recevoir une lettre m'informant que mon compte sera clôturé dans 60 jours, raconte-t-il. Pourtant, il est super-prêteur, avec 10 000 ou 15 000 euros en permanence, et je n'ai jamais eu le moindre incident de paiement », témoigne Jean-Michel, titulaire d'un compte bancaire depuis 1987 au sein du même établissement. Si de telles mésaventures restent certes relativement isolées, elles n'en sont pas moins une réalité. Près de 508 particuliers auraient alerté l'association à ce propos en 2009, des particuliers qui « avaient de l'argent sur leur compte, et qui n'avaient pas connu d'incident de paiement », constate Serge Maître, secrétaire général de l'Afub.
Mais que peuvent bien reprocher les banques à ces clients pourtant si « communs » ? Tout simplement, explique Serge Maître, de ne pas présenter la « consommation minimale » requise. Il ne s'agit donc pas ici d'une perte de confiance entre les parties ou d'un quelconque problème de solvabilité mais bel et bien d'un différent concernant la souscription de produits financiers annexes (carte bancaire, solution d'épargne, etc.). « Depuis six mois, on assiste à une recrudescence du phénomène, avec 50 plaintes sur notre site Internet en décembre », note l'Afub. Selon l'association, les banques « sanctionnent les clients qui ne répondent pas à leurs sollicitations et refusent la vente forcenée de prestations bancaires ».
Du côté des banquiers, sans nier l'existence du phénomène, on se défend de toute volonté stratégique, expliquant qu'il ne s'agirait là que d'initiatives individuelles de quelques agents. A la tête de la fédération CFDT des banques, Véronique Descacq juge ces clôtures autoritaires de comptes marginales mais l'explique par la « forte pression » pesant sur les employés des grands groupes financiers. Selon elle, « Les banques font des marges avec les produits qu'elles vendent (assurance, carte bancaire etc.). Il y a une forte pression pour équiper les comptes avec trois ou quatre produits par compte en moyenne. Certains agents peuvent être tentés de pousser dehors les gens qui n'ont pas assez de produits pour augmenter leur taux ».
Pour l'heure, seule l'Afub semble avoir recensé les plaintes des usagers, l'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir avouant ne pas avoir été alertée sur de telles pratiques. La polémique pourrait toutefois prendre de l'ampleur, alimentée par certaines déclarations virulentes. Régis Dos Santos, président du syndicat bancaire SNB/CFE-CGC, ne mâche en effet pas ses mots lorsqu'il s'agit de justifier les politiques de rentabilité des établissements. « Sur le fond ce n'est une surprise. [...] Il est dans la culture d'une banque, et depuis des années, de mesurer la rentabilité d'un compte. La banque n'est pas un service public », déclare-t-il avant d'ajouter qu' « un compte où il y a 3.000 euros et rien à côté n'est pas rentable, alors si vous vous mettez à contester... Mais ce qui n'est pas admissible c'est le décalage croissant entre le service et le prix facturé ».